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Grève des médecins libéraux : ce qu’il faut savoir sur le mouvement
information fournie par Boursorama avec Media Services 02/01/2026 à 15:09

Les médecins libéraux protestent contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026 et des mesures jugées néfastes pour leur liberté d’exercice et la rémunération des actes. ( AFP / PHILIPPE HUGUEN )

Les médecins libéraux protestent contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026 et des mesures jugées néfastes pour leur liberté d’exercice et la rémunération des actes. ( AFP / PHILIPPE HUGUEN )

Les médecins de ville et personnels hospitaliers annoncent une grève inédite du 5 au 15 janvier prochain. Pourquoi et comment les professionnels de la santé vont-ils se mobiliser ?

Ce qu'ils contestent

Les médecins libéraux protestent contre plusieurs mesures de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026, adoptée mi-décembre.

Pour le syndicat de chirurgiens Le Bloc, à l'origine du mouvement, l e budget dédié aux soins de ville est insuffisant pour permettre des revalorisations attendues, notamment l'augmentation des tarifs - remboursés par l'Assurance maladie - des actes techniques, certains n'ayant pas évolué depuis les années 1990 .

Cette nouvelle loi permet aux autorités, selon eux, de baisser "unilatéralement" certains tarifs en "contournant" le dialogue social, alors que le secteur est normalement régulé par des négociations conventionnelles entre Assurance maladie et professionnels.

Un article interdit, par exemple, les dépassements d'honoraires dans le cadre d'un nouveau "parcours de prévention" destiné aux malades chroniques . Un autre rend possible une baisse de certains tarifs pour des actes ayant beaucoup évolué.

La LFSS a aussi fortement durci les conditions du cumul emploi-retraite, très pratiqué par les médecins.

Les généralistes sont eux vent debout contre la limitation de leurs arrêts de travail, et le projet de loi contre les fraudes, qui prévoit de contraindre certains praticiens (ciblés via leurs statistiques) à réduire leurs prescriptions d'arrêts.

Tous craignent enfin, dans le cadre de la lutte contre les déserts médicaux, la restriction de leur liberté d'installation, objet de textes en cours d'examen au Parlement.

Dix jours de grève et une manifestation à Paris

Fait rare, tous les syndicats représentatifs appellent à stopper l'activité du 5 au 15 janvie r. Ils manifesteront à Paris le samedi 10 janvier à 13H00, entre le Panthéon et le ministère de la Santé .

Les chirurgiens, gynécologues-obstétriciens et anesthésistes-réanimateurs des cliniques prévoient de partir plusieurs jours à Bruxelles, un exil symbolique pour "démontrer" les conséquences d'une fuite des médecins à l'étranger.

Contraints d'assurer la continuité des soins pour les patients déjà hospitalisés, ils entendent "diminuer l'activité" le 5 janvier, pour "s'arrêter totalement" le 10 . Le 11, plus de 2.000 praticiens partiront en bus depuis Paris. Ils rentreront le 14.

Quels impacts pour les patients ?

Selon des données de l'Assurance maladie, la France compte environ 8.000 chirurgiens, 3.950 anesthésistes-réanimateurs et 3.450 gynécologues-obstétriciens libéraux, dont seulement un millier réalisent des accouchements, selon Le Bloc. Les 2.000 inscrits au départ pour Bruxelles représentent donc autour de 15% des effectifs (secteur privé uniquement) .

Ils ne sont que "la partie émergée de l'iceberg", estime le Bloc, puisque beaucoup feront grève sans partir. Les patients arrivant aux urgences ou à la maternité seront - sauf urgence vitale - "transférés à l'hôpital public", déjà sous tension .

La fédération de l'hospitalisation privée (FHP) soutient le mouvement et son président Lamine Gharbi prédit une grève "très suivie" avec probablement "80% des blocs opératoires fermés" .

Les préfets peuvent toutefois réquisitionner des professionnels pour assurer des missions de service public (urgences, maternités...) Les patientes venues accoucher, par exemple, ne seront transférées ailleurs que si leur état le permet, assure Bertrand de Rochambeau, président du Syngof (gynécologues).

Difficile de prédire quelle part des cabinets de ville seront fermés . Mais l'ensemble des syndicats représentatifs sont mobilisés (Avenir Spé/Le Bloc, CSMF, FMF, MG France, SML, UFML), tout comme les étudiants (Isni, Isnar-Img, Anemf) et la jeune génération (Jeunes Médecins, Médecins pour Demain ).

D'après un sondage du syndicat CSMF, 85% des adhérents feront grève. Environ 13.500 médecins ont signalé leur mobilisation sur le site medecinsengreve.fr, lancé par Jeunes Médecins Ile-de-France.

Le gouvernement tente de renouer le dialogue

Dans une lettre ouverte aux médecins, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a tenté de "renouer (le) dialogue".

Elle souligne que certaines mesures contestées ont disparu, comme l'instauration d'une amende pour les médecins qui ne rempliraient pas le dossier médical partagé (DMP, carnet de santé numérique) des patients, disposition censurée par le conseil constitutionnel. Elle promet aussi de ne baisser aucun tarif unilatéralement.

Mais elle est "la dixième ministre de la Santé" de l'ère Macron et ses promesses n'offrent "aucune garantie", souligne le président de la CSMF Frank Devulder. Les grévistes "attendent des actes et sont plus déterminés que jamais".

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